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Reprise de la NBA : faut-il finir la saison à Orlando ?

Posté le 26/06/2020 par Geoffroy Brändlin rubrique Basketball

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C’est annoncé ! La NBA reprendra le 30 juillet sur le site de Disney World à Orlando avec 22 équipes qui vont s’arracher les dernières places pour les Playoffs puis entamer la dernière ligne droite vers le titre ! Mais faut-il reprendre ? Analysons les discussions en cours entre opposants et défenseurs de la reprise et penchons-nous sur les conséquences qu’aurait la reprise sur les fans et la société !
Photo stevothedevo

Les conditions sanitaires

Alors que le nombre de cas et de décès reste encore très élevé aux Etats-Unis (638 décès ont été enregistrés le 25 mai), la sécurité des joueurs est le principal souci légitime des joueurs et des dirigeants de la ligue. La mise en place d’une compétition longue de plus d’un mois à huit clos sur le site de Disney World (Orlando, Floride) nous amène à nous poser de nombreuses questions. En effet, même sans spectateurs le déroulement des matchs demande un nombre conséquent d’employés (et de bénévoles) pour l’organisation générale du tournoi (et la retransmission TV), mais aussi de membres du staff pour chaque équipe, sans compter les joueurs des 22 équipes répartis dans 3 hôtels différents. Confiner un aussi grand nombre de personnes dans cet espace où les joueurs se côtoieront tous mettrait-il en danger pour la santé des joueurs ? Des points de l’organisation sont aussi très discutables : les joueurs ne pourront pas avoir la visite de leur famille jusqu’au premier tour de playoffs minimum, ni sortir du site (à part en cas d’urgence familiale : le joueur sera soumis à 10 jours de quarantaine lors de son retour), alors que les employés du parc pourront sortir chaque soir, s’exposant alors au virus. Les familles des joueurs sont encore plus impactées par le rythme et l’organisation de la NBA, alors que la sphère de protection créée par la ligue ne sera pas imperméable, les employés de l’organisation pouvant sortir régulièrement.

Une reprise de la NBA avec des gradins vides mais avec des fans !

Le confinement a, entre autres, exacerbé les divisions sociales et mis en péril de nombreux commerces ou petites entreprises indépendantes, mais a aussi provoqué un isolement social de la population, surtout pour les personnes vivant seules. Le retour de la diffusion de la NBA pourrait faire à nouveau vibrer les fans partout dans le monde, parce que, ne l’oublions-pas, le basketball, et surtout aux USA, est un divertissement avant tout. Les joueurs ont une responsabilité auprès des fans, leur salaire découlant de la forte demande des téléspectateurs et des fans pour voir leur show et acheter les produits dérivés de leurs équipes. En plus, il est légitime de faire remarquer puis d’affirmer que la saison 2019-2020 a commencé et doit finir avec un champion pour ne pas casser l’histoire de la ligue qui repose beaucoup sur des statistiques et achever une saison endeuillée par les morts de Kobe Bryant et de David Stern, deux figures de proue de l’amour de la balle orange. Il est illusoire de vouloir rendre « normale » l’année 2020, mais compréhensible de vouloir surmonter cette épreuve dans le monde du sport et de soutenir les personnes en difficulté morale ou économique dans cette crise. La création d’un fond d’aide serait même une bonne idée pour ne pas reprendre le sport sous une forme d’égoïsme. La NBA ne doit pas ignorer la crise, mais doit suivre le rôle social progressiste qu’elle épouse depuis quelques temps en supportant les projets et le militantisme social de personnalités comme LeBron James ou Stephen Curry.

Les violences policières racistes : une perte d’aura médiatique à cause de la reprise ?

Suite à l’annonce de la reprise de la NBA, plus de 80 joueurs ont participé à une visioconférence organisée par Kyrie Irving, vice-président de l’association des joueurs, contre la reprise de la saison. Parmi les sceptiques, de nombreuses têtes de proue de la ligue étaient présentes, à l’instar de Chris Paul, Kevin Durant, Dwight Howard, Carmelo Anthony ou Donovan Mitchell. La raison ? Certaines stars présentes lors de la discussion ne veulent pas faire de l’ombre à la lutte contre les violences racistes en Amérique, la faible pénalisation d’organisations haineuses d’extrême droite, des problèmes nationaux (mais présents également dans le reste du monde sous diverses formes) qui persistent depuis les mouvements antiségrégationnistes des années 1960 emmenés notamment Martin Luther King Jr et Malcom X.

Cependant deux questions se posent et la première est médiatique. Est-il légitime de se priver de l’impact médiatique de la NBA pour promouvoir le militantisme et exiger des réformes policières et sociales ? A Orlando, des émissions invitant des joueurs pourraient aborder ces sujets et amener une partie des téléspectateurs à une prise de conscience.

La deuxième question est économique et Garrett Temple, vice-président du syndicat des joueurs, et en faveur d’une reprise de la NBA (comme de nombreux autres joueurs comme LeBron James ou Kyle Kuzma par exemple), a donné sa réponse.

« Les inégalités économiques entre l’Amérique blanche et l’Amérisque noire sont astronomiques. Je ne peux pas demander à mes frères de jeter des millions de dollars pour créer un changement pour lequel je ne vois pas d’impact direct. Si cela permettait de faire changer les lois, ce serait une autre histoire. »

GARRETT TEMPLE (interrogé par Malika Andrews)

Que retenir ?

Un retour de la NBA à la normale n’est pas possible pour cette saison. En pleine crise sanitaire et sociale, les joueurs et les instances dirigeantes de la ligue doivent se poser des questions. Le projet Orlando est-il la bonne solution pour la santé et la vie privée des joueurs ? Quelle est la meilleure manière de dénoncer les inégalités sociales visant la population afro-américaine ? Le « plan Orlando » n’est certainement pas parfait, mais la NBA devra sans doute s’adapter dans les prochaines décennies à d’autres crises, sanitaires et climatiques.

Geoffroy Brändlin

Etudiant en Lettres à l'Université de Lausanne (SUI) et coureur de fond et demi-fond

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