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Affaire Marega : un ras-le-bol contre le racisme dans le football

Posté le 14/05/2020 par Estela Sousa Prado rubrique Football

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Moussa Marega - Photo Антон Зайцев

Le football, une deuxième religion au Portugal

Le football n’est pas qu’un sport au Portugal. Il est en effet un des piliers de la culture locale. Pendant la dictature de Salazar, le pays était même connu comme la nation des trois F : Football, Fado e Fátima. Le sport est alors élevé en première place, suivi par la musique et la religion, reléguée au troisième rang de cette « trinité ». Le football est presque devenu sacré pour les Portugais. Il est généralement considéré comme une source de divertissement, mais à cause de la trop grande importance que certains supporters lui accordent, des hooligans provoquent des incidents violents comme des agressions ou du vandalisme. Ces violences ont souvent lieu entre les supporters de clubs rivaux ou au sein des clubs-mêmes, lorsque les fans expriment leur mécontentement à propos des entraîneurs ou des performances des joueurs. C’est ce qui est arrivé au sein du Sporting, un des clubs les plus populaires du Portugal qui a été victime d’hooliganisme. En effet, en mai 2018, des joueurs ainsi que le comité du club de Lisbonne ont été agressés par des supporters (fanatiques) mécontents des performances du Sporting.

L’ « affaire Marega »

Le dernier épisode en date qui a créé débat a été la sortie volontaire et hautement symbolique du joueur du FC Porto Moussa Marega, une première dans l’histoire du football portugais. L’attaquant malien a été victime de comportements racistes de la part des supporters lors du match contre le club « Vitória Sport club ». En effet, les fans de l’équipe adverse ont imité des cris de singe et entonné des paroles racistes pour le déstabiliser. Face à ces comportements, Marega a demandé à l’arbitre d’arrêter le match, car il n’était plus supportable pour lui de continuer à jouer dans ces conditions. De plus, le joueur avait déjà entendu des propos racistes depuis les gradins tels que « singe », « chimpanzé » et « nègre » avant le début du match. Dans des situations comme celle-ci, la partie doit être arrêtée, mais l’arbitre n’a pas respecté les règles, au grand détriment de Marega. En plus de subir ces comportements fortement hostiles, l’attaquant a reçu un carton jaune après avoir mis une chaise qui avait été jeté depuis les gradins sur la tête. L’avertissement de l’arbitre l’a conduit à prendre la décision d’abandonner le match. À la suite de la sortie de Marega, le match a continué comme prévu et le FC Porto a fini par gagner 2- 1 contre le Victoria Sport Club.

Les conséquences de cet épisode n’ont pas été anodines. En effet, l’incident a provoqué un débat au niveau national et également international. Une enquête a débuté suite au match afin d’identifier les personnes à l’origine de ces actes racistes. Les médias ont condamné ces derniers, les qualifiant de scandaleux et marquant pour l’histoire du football portugais. Du côté des internautes, certains ont soutenu Marega sur les réseaux sociaux, alors que d’autres ont jugé excessive sa décision de quitter le match. Des anciens et actuels joueurs de football se sont également exprimés sur le sujet. Les médias portugais affirment que c’est une première dans le football portugais, mais il n’est pas possible d’affirmer la même chose au sujet d’autres pays d’Europe. De grandes stars du ballon rond comme Blaise Matuidi, Romelu Lukaku ou Samuel Eto’o ont également été victimes d’actes similaires pendant certains de leurs matchs. L’ancien joueur camerounais est d’ailleurs très engagé dans la lutte contre le racisme dans le sport. Avant l’ « affaire Marega », Eto’o avait déjà proposé aux joueurs victimes de ces actes de quitter le terrain. Le choix de Marega pourrait devenir un exemple et une solution pour résoudre ce genre de situation.

Le racisme dans le football : un problème international ?

Les médias portugais parlent d’une première dans le football portugais, mais ce n’est pas le cas d’autres pays d’Europe, comme la France ou l’Italie où les joueurs africains sont souvent victimes de propos xénophobes. Le match de qualification pour l’Euro 2020 entre l’Angleterre et la Bulgarie qui s’est déroulé en octobre 2019, est un autre exemple de racisme. Lors de la première mi-temps, la partie a dû être interrompue plusieurs fois, les supporters bulgares criant des propos racistes et faisant le salut nazi à l’encontre des joueurs d’origine africaine de l’équipe anglaise. Les auteurs de ces comportements xénophobes ont par la suite été interdits de stade pendant deux ans et amendé.

Quel avenir pour les footballeurs noirs ?

L’ « affaire Marega » met les instances dirigeantes du football face aux réels problèmes racistes sur les terrains de nombreux pays. Ces actes humiliants et dégradants pour les footballeurs les empêchent de se focaliser sur leurs performances sportives. Ces comportements de supporters sont anti-sportifs, mais également xénophobes et en opposition aux valeurs sportives, le sport étant censé être un divertissement et un moyen d’unir les personnes autour d’une passion commune. La répétition des épisodes de cette nature reflète les progrès encore nécessaires dans nos sociétés, la séparation du sport et des problèmes sociaux étant impossible. Quelle est alors la solution pour ce genre de problèmes ? Des mesures plus strictes seront-elles mises en place pour le bon déroulement des matchs ? La balle est dans le camp de la FIFA, de l’UEFA et des Ligues nationales !

Estela Sousa Prado

Etudiante en Sciences sociales à l'Université de Lausanne (SUI)

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